Les enfants expatriés : une communauté culturelle

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La culture est la combinaison d’un ensemble de symboles, codes et valeurs qui permettent aux individus d’un groupe culturel de se reconnaître et de fonctionner de la même façon, de vivre ensemble.

Ces éléments individuels (religion, langues, relation à l’amour, humour, esthétique, valeurs et normes…) connus de tous les membres du groupe culturel en assurent la cohésion. Ils leur permettent de décrypter la réalité selon les mêmes critères.


Des parcours atypiques

La particularité des enfants expatriés (ou Enfants de la Troisième Culture - ETC) est d’avoir vécu immergés dans plusieurs cultures différentes, d’en avoir absorbé les composantes et d’avoir synthétisé ces éléments culturels avec leur histoire personnelle et leur culture d’origine.

Puisque chaque parcours est diffèrent, chaque édifice culturel est donc très personnel. Si l’on prend individuellement les éléments qui constituent la culture de chaque ETC, on ne découvre pas grand-chose de commun.

Lorsque l’on rencontre des Enfants de la Troisième Culture, on ne peut voir, au premier abord, qu’un groupe disparate de personnes éminemment dissemblables les unes des autres. Nationalités d’origine, cultures vécues, familles, langues parlées… Un groupe aucunement homogène : coefficient de corrélation proche de 0.


Et pourtant...

Comment expliquer alors que nous ayons affaire à un véritable groupe culturel dont les membres se reconnaissent, se comprennent et s’identifient les uns aux autres ? Un groupe dont les codes, les préoccupations et les visions du monde se recoupent.

+ Ils ont un fonctionnement culturel identique 

 Entre une étonnante capacité d’adaptation superficielle à un nouvel environnement et un déséquilibre culturel intérieur qui les prive souvent d’une adaptation en profondeur.

+ Ils partagent des valeurs universelles

Parce qu’il leur a souvent fallu réconcilier des valeurs éloignées les unes des autres ou encore parfois contradictoires, ils ont la tolérance de l’inconnu. Ils découvrent naturellement les éléments communs entre les membres d’un groupe donné. C’est une gymnastique de l’esprit à laquelle ils ont été entrainés, un outil utilisé pour leur propre adaptation au cours de leurs expatriations successives.

+ Ils sont ouverts sur la réalité

Avec une vision globale du monde, ils analysent les situations depuis une perspective souvent atypique. Leur jugement est davantage influencé par leur propre parcours culturel que par les stéréotypes. Ils respectent de façon naturelle des points de vue opposés au leur et essaient de les comprendre. Ils n’ont pas une seule vision du monde mais plusieurs simultanément.

+ Ils font face aux mêmes défis.

A savoir, une absence de racine et la cauchemardesque question « D’où es-tu ? » à laquelle il leur est si compliqué de répondre rapidement.

+ Ils ont une relation particulière à la mobilité.

Qu’ils en aient souffert ou pas, le mouvement a été une donnée de base de leur enfance. Ainsi, c’est dans un environnement mobile qu’ils se sentent le plus à l’aise. Pas forcément un changement de résidence mais ils apprécient une certaine volatilité dans leur environnement.

+ Ils ont connu des pertes qui ont jalonnées leur histoire ponctuée d’adieux, de périodes de transition et d’adaptation.

+ Ils relèvent le défi de l’identification lorsqu’ils ne savent pas vraiment à quelle culture ils appartiennent précisément.

+ Ils se sentent en décalage manifeste quand ils se retrouvent dans un environnement homogène, notamment avec des camarades sédentaires. C’est le cas du retour dans le pays d’origine par exemple, face à des pairs dont ils ignorent les codes, les expressions ou les centres d’intérêt.

+ Ils ont une relation au temps particulière, sachant vivre dans le présent et s’intéressant peu à un futur qu’ils savent dépendant d’éléments qu’ils ne maitrisent pas. Ils ont le sens de l’éphémère.


Mais surtout,

+ Ils ont un mode de relation identique.

Les ETC sont surtout « ETC-compatibles » car ils ont en commun un mode de relation particulier. La majorité des enfants ayant vécu une longue partie de leur enfance en expatriation n’ont pas ou peu de racines géographiques. Ils misent donc sur la qualité des relations interpersonnelles.

Ils entrent rapidement en profondeur dans une amitié. Ils veulent vite atteindre l’intimité avec les personnes qu’ils ont choisies. Leur histoire leur a prouvé que le temps est souvent compté, que l’on peut, soi-même ou ce nouvel ami, déménager rapidement et qu’il vaut mieux ne pas perdre de temps en préambules.

Cette façon de créer, de façon parfois urgente, des relations intimes est difficile à mettre en place avec des personnes sédentaires qui n’ont pas la même relation au temps. Elle peut choquer, déstabiliser ou même effrayer alors que pour les ETC il s’agit juste de mettre rapidement en place un rapport amical de qualité.


Alter ego

L’ensemble des caractéristiques que les ETC ont en commun, et surtout leur mode de relation atypique, expliquent la connexion naturelle qu’ils ont entre eux. Ils ne se posent pas les questions difficiles ou bien ont la patience d’écouter les réponses. Si le courant passe, ils ne perdent pas de temps avant d’installer une relation profonde. Ils connaissent les mêmes difficultés à s’insérer dans un groupe homogène. Ils tolèrent particulièrement bien les différences de point de vue; ils sont davantage familiarisés avec un ensemble de points de vue différents qu’avec une analyse unique. Ils comprennent le besoin de mouvement. Leurs points communs dépassent leurs différences. Cette Troisième Culture, qu’ils se sont forgée pourtant individuellement, les fédère. C’est le paradoxe de l’homogénéité dans la diversité.

Pour eux, se retrouver entre enfants expatriés est une forme de repos. Cela apaise les difficultés qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils sont dans un environnement homogène. Les connexions sont rapides et ils savent se comporter. Ils peuvent ainsi partager leurs préoccupations en sachant qu’ils s’adressent à des personnes qui ont les mêmes. C’est d’ailleurs souvent lorsqu’ils rencontrent un autre ETC qui a su franchir un obstacle (le retour, la langue, le changement de système scolaire...) qu’ils dépassent leurs propres peurs. A partager leurs expériences positives et leurs succès, ils s’encouragent les uns les autres à réussir aussi.


Les réunir

En tant que parents, nous sommes souvent préoccupés lors d’une nouvelle destination ou d’un retour dans le pays d’origine. Les encourager à rencontrer d’autres enfants expatriés est une façon de les épauler. Bien sûr, comme dans tout groupe culturel, ce n’est pas parce que l’on rencontre un autre ETC que l’on sera forcément ami. Mais il existe une forme de connivence. C’est ainsi que, naturellement, ils cherchent la compagnie d’autres enfants nomades.

Finalement partager cette troisième culture les rapproche et c’est sans doute l’environnement dans lequel ils se sentent le plus à l’aise. Sans pour autant en faire un dogme ou un entourage imposé, ils y gagneront en confiance en eux. Ils ressentiront enfin ce sentiment d’appartenance qui leur fait souvent défaut.

Il est toujours rassurant de se rendre compte que l’on n’est pas seul à se poser certaines questions, que d’autres ont la réponse à nos interrogations, ont vécu des expériences similaires ou ont surmonté des défis comparables. Si cela est vrai pour nous, parents expatriés (il n’y a qu’à voir le succès d’Expats Parents !), il en est de même pour nos enfants.

 

Ecrit pour Expats Parents par Cécile Gylbert, Fondatrice de Geo Interculturel
Auteur de Enfants Expatriés : Enfants de la Troisième Culture et du cahier de préparation au changement Top Départ
Créatrice du Groupe Facebook Troisième culture – Le Groupe