Couple recomposé à l'étranger

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couple recomposé

Couple d’étrangers à l’étranger en quête d’un nouveau bonheur

                                       

Quand on redémarre une relation sentimentale après une séparation, avec une personne elle-même divorcée, on cherche à aménager deux histoires qui se sont élevées en parallèle, au travers d’une multitude d’expériences, de souvenirs plus ou moins heureux, de joies et de déceptions, et parfois d’enfants nés de ces unions. Quand, de surcroit, cette relation concerne une personne d’une autre nationalité, on rajoute le défi de différentes cultures, d’autres langues, d’habitudes distinctes et de traditions originales à combiner dans le couple. Quand, enfin, cette relation surgit dans un pays dont nous ne sommes pas originaires, ni l’un ni l’autre, nous devons également nous accommoder d’un environnement qui n’est pas toujours bien familier. Porteur des poids à la fois de notre histoire personnelle, de celle dont nous avons héritée et enfin de celle que nous avons adoptée, nous nous lançons le défi d’en démarrer une autre, ensemble.

 

Refaire sa vie après un divorce

Comment ressentir à nouveau l’insouciance amoureuse en dépit d’une lucidité plus mature, la frivolité en dépit des responsabilités familiales, la légèreté amoureuse en dépit de la lourdeur de notre passé, et, la confiance en dépit des désillusions ?

Une séparation c’est bien souvent une épreuve énormément coûteuse émotionnellement, qui laisse de nombreuses cicatrises issues des déceptions et des ressentiments. Tomber à nouveau amoureux après une longue relation sentimentale, cela signifie prendre le risque d’y croire à nouveau, de s’investir et d’éventuellement souffrir encore une fois. Echaudés par notre histoire passée, on ne veut plus commettre les mêmes erreurs. Nous savons ce que nous voulons et ce que nous refusons dorénavant catégoriquement. Nous sommes souvent bien plus exigeants. Malgré cela, nous savons pertinemment aussi que l’idéal n’existe pas et qu’un couple est fait d’efforts mutuels, de compromis, d’imperfections et de tolérance. Nous sommes souvent beaucoup plus compréhensifs. Avec ce fragile équilibre entre clémence et intransigeance, nous accueillons notre nouveau partenaire, qui est lui-même pris dans son propre paradoxe.

Ce conflit intérieur n’est pourtant que la première épreuve à surmonter. Il est également nécessaire de s’accommoder de tous les autres protagonistes impliqués dans ce duo si pluriel, car le nouveau couple est loin de n’être qu’une paire. Il s’agit en réalité d’une équipe complexe où de nombreux protagonistes jouent un rôle actif, allant de la coopération à l’envahissement. Car un couple qui se forme suite à un divorce comprend presque inévitablement l’omniprésence des ex. Ceux-ci apparaissent dans les allusions, les habitudes et les souvenirs, ou bien beaucoup plus directement dans une réalité plus palpable. A jamais reliés par notre progéniture, le divorce entérine la fin d’un amour mais pas le lien de la relation parentale. Les enfants issus de ce premier mariage scellent une union familiale qui perdure malgré la rupture conjugale. Ils ne sont d’ailleurs pas toujours prêts à accepter la dissolution définitive de la famille originelle et ils le font parfois savoir avec plus ou mois de véhémence. Il arrive aussi que l’ex s’impose, intervenant directement sur la logistique du couple, en négociant par exemple les temps de garde des enfants. Le temps est d’ailleurs une denrée particulièrement difficile à obtenir pour le nouveau couple en gestation, qui doit aussi tenir compte du temps dédié aux multiples responsabilités socio-professionnelles et parentales déjà présentes.

Le nouveau couple du milieu de vie est constitué de plusieurs participants et d’une multitude d’obligations. Il doit réussir à se forger une place malgré tout cela.

 

Un couple multiculturel

Notre jeune couple recomposé, riche de sa complexité à la fois intrinsèque et extrinsèque qu’on nomme prosaïquement « ses bagages », va néanmoins tenter de fonctionner au quotidien, en s’appuyant notamment sur ses acquis. Quoi de plus naturel que de parler par le biais de sa langue maternelle ou bien de respecter ses traditions et une éducation bien assimilées depuis de nombreuses années ? Mais voilà, notre couple multiculturel ne possède pas toujours les mêmes codes en terme de communication ou de savoir vivre. Je parle français, originairement espagnol par mes parents. Mon ami parle russe, avec des bribes ukrainiennes. La galette des rois et la chandeleur sont des classiques que j’ai transmis religieusement à mes enfants. Je découvre ses coutumes juives autrement moins laïques.

Comparer nos cultures distinctes est une source inépuisable d’enrichissement. Nous découvrons régulièrement de nouvelles saveurs, d’autres valeurs et une autre vision du monde. Nous apprenons chaque jour de nos différences. Je lui parle du Paris où je suis née, que je rêve de lui faire découvrir. Il me parle de Saint Petersburg et des grands chef d’oeuvres russes, en m’emmenant assister à de superbes opéras. Je lui fais goûter des vins de France ; il me prépare un festin de plats traditionnels composé entre autre de blinis, saumon fumé et de caviar. Nos références socio-politiques sont bien différentes, avec nos origines provenant d’horizons très éloignés. Nos certitudes sont souvent remises en question, ce qui nous amène à nous ouvrir davantage à une autre réalité. Si cela peut parfois sembler déstabilisant, c’est le plus souvent passionnant. Nous ne parvenons pas aisément à la routine et les compromis sont atteints grâce à un échange important, afin de dissiper les fréquents risques de malentendus.

Le nouveau couple multiculturel s’invente à travers son métissage, en adoptant des normes et des valeurs qui l’unissent au-delà des différences. Nous créons notre propre culture combinant le meilleur de nos deux mondes.

 
L’autre pays qui nous unit

Cette mixture culturelle que nous sommes, riche et complexe, s’est retrouvée dans une terre neutre, n’appartenant originairement ni à l’un, ni à l’autre. Nous nous sommes rencontrés aux Etats-Unis. Nous ne communiquons ni en russe ni en français, mais en anglais, avec un accent caractéristique trahissant notre origine. Nous nous retrouvons dans le besoin inhérent de nous adapter à la réalité sociologique, économique et politique de notre nouvelle terre d’adoption. Nous avons pris tous deux la nationalité américaine. Nous puisons dans les normes locales pour nous aider à mieux combiner notre héritage culturel, en prenant conscience que malgré nos origines différentes, nos enfants se retrouvent pourtant dans une éducation américanisée relativement similaire. Notre langage commun est au final celui de l’intégration. Ce besoin d’adaptation se retrouve dans les nombreuses facettes de nos migrations ; qu’elles soient géographiques, culturelles, existentielles, familiales ou émotionnelles. C’est dans ce besoin de nous construire sur un nouveau socle, basé sur la tolérance et l’ajustement, en tenant compte de toute notre complexité et de toute notre réalité, que notre jeune couple va pouvoir perdurer et se renforcer.

 

Les clés pour que ça marche 

Notre couple hybride est un merveilleux miracle qui doit s’appuyer sur des valeurs essentielles pour exister.

La communication est un de ces éléments indispensables pour contrer les incompréhensions nombreuses provenant de toutes nos disparités. Je communique plus aisément avec les mots, lui avec les actes. J’apprends à être davantage à l’écoute de ses faits et gestes, lui à tolérer mon goût du bavardage. Nous essayons d’écouter avant de nous justifier, de comprendre avant de juger et de demander avant d’interpréter. Et quand nous n’y arrivons pas, nous laissons passer l’orage et les frustrations car nous savons que nous ne sommes pas infaillibles.

L’humour permet souvent de désamorcer les tensions. Positiver permet aussi de relativiser les nombreuses difficultés que nous rencontrons sur notre route. J’apprends chaque jour grâce à lui à mieux apprécier ce qui est, plutôt que ce qui n’est pas.

S’accepter, avec respect et tolérance, dans nos différences et nos imperfections permet de moins projeter nos attentes sur l’autre mais de nous accepter dans notre modeste réalité. Il est parfois facile de reprocher à l’autre ce qui nous rappelle notre histoire passée ou nos propres défauts. La nécessité de faire la part des choses n’est pas toujours aisée, cela reste pourtant indispensable.

Retrouver la confiance après les déceptions et les trahisons passées peut déboucher sur une véritable peur de l’engagement. Pour y croire vraiment quand la crainte d’un nouvel échec subsiste, il faut parfois du temps, beaucoup de patience et accepter de prendre le risque d’être à nouveau vulnérable. Il est surtout nécessaire de partager la même détermination quant aux efforts à fournir, afin de laisser croître avec persévérance notre relation.    

Avec mon petit ami, nous avons 87 années cumulées, dont le tiers passé au sein d’un autre mariage. Ensemble, nous comptabilisons 2 ex-conjoints, 3 divorces, 4 enfants, 5 langages, 6 pays de provenance, et l’espoir d’un même avenir commun. Penser notre couple signifie tenir compte de nos familles recomposées, de nos passés complexes, et de notre présent si compliqué. C’est jouer de nos contradictions, c’est s’enrichir de nos différences, c’est aussi s’émouvoir de nos similitudes. C’est s’armer de patience, de confiance, de considération et de forts sentiments mutuels, pour ne pas brusquer un difficile équilibre impliquant de nombreuses données, beaucoup d’inconnues et surtout dans le respect de ces êtres qui comptent le plus au monde que sont nos enfants.

 

Ecrit pour Expats Parents par Magdalena Zilveti-Chaland, psychologue

Site : http://www.intelligence-nomade.com/