"Notre maison, c'est notre famille", mais pas seulement...

#expatriation , #famille , #témoignage
Notre maison

Notre famille vit depuis un peu plus de 3 ans à Puerto Rico.

Jusqu’à peu, lorsque les gens nous demandaient si nous y étions bien, nous avions toujours un peu de mal à répondre.
Oui, bien sûr, nous y sommes bien : le soleil, la mer, les gens et leur tempérament joyeux, la musique, les langues, et puis nous-mêmes évidemment, la famille.
Car, comme évoqué dans l’article  “pourquoi l’expatriation modifie notre façon d’éduquer nos enfants, un vrai point d’importance lorsque nous changeons d’environnement, c’est que “notre maison, c’est notre famille.”
Et en même temps, il est difficile de ne pas comparer… Nous étions tellement bien à Guadalajara ! Tellement bien entourés !! Un manque nous est resté, je crois.
Celui-ci s’est heureusement estompé peu à peu, au fur et à mesure que nous avons développé nos relations ici.
C’est donc plus facilement, l’été dernier, que nous avons pu dire que nous étions bien à Puerto Rico. D’autant plus que Puerto Rico, c’est l’endroit où j’ai eu l’occasion de me réinventer professionnellement, de me dédier vraiment aux questions d’éducation !

Mais je comprends maintenant que, malgré ces progrès, je n’avais pas encore pris conscience de notre réel attachement à ce pays.

Il y a deux semaines, l’île s’est pris un ouragan de plein fouet. María.
Nous avions déjà reçu un avertissement deux semaines plus tôt, nous avions donc bien compris comment nous préparer : acheter de l’eau et des boites de conserve, retirer des sous, faire le plein de la voiture, fermer les volets métalliques à toutes les fenêtres, installer les matelas dans une même chambre, préparer un sac avec quelques vêtements et les passeports, en cas d’évacuation inopinée (rien que faire ce sac, ça faisait un peu peur).
Mais, deux semaines plus tôt, l’ouragan avait bifurqué au dernier moment, et, s’il avait dévasté St Martin, il nous avait épargnés. Certes, l’électricité a mis une semaine à revenir à l’école, et les enfants ont eu de petites vacances inopinées, mais nous pensions plus à aider les réfugiés des îles avoisinantes qu’à ce qui nous arrivait.

Puis, María a été annoncé. Re-belote.
J’ai commencé les préparatifs avec un peu d’avance, car je devais m’envoler la veille pour le Mexique, donner des ateliers de parentalité positive…
Quelques heures avant le vol, cependant, voyant l’évolution des prévisions, j’ai décidé de ne pas partir. Je ne voulais pas laisser ma famille faire face à cet ouragan qui s’annonçait vraiment dangereux sans être là. Bien m’en a pris !

Car María n’a pas dévié.

Derrière nos volets métalliques, le vent était impressionnant !!

Lorsque nous sommes enfin sortis de chez nous… je ne sais vous le décrire.
Des arbres tombés partout. Des feux de signalisation pendant, des arrêts de bus renversés, des fenêtres au milieu de la route, des grilles décrochées, des zones inondées…
Et pourtant, pourtant, je sais que nous vivons dans une zone globalement épargnée.
C’est évidemment dans les quartiers aux maisons plus informelles que les dégâts sont les plus grands !

Et puis, 100% de l’île sans électricité. 80% des réseaux téléphoniques détruits.
Les premiers jours, il était quasiment impossible de communiquer.
Comme nous vivons dans la zone urbaine principale, les téléphones fonctionnent maintenant bien. Ce n’est pas le cas dans les montagnes. Certains n’ont toujours pas pu joindre leur famille….
Très vite, ça a été la course au diesel, pour faire fonctionner les générateurs.
7-8h d’attente dans les stations services !!

Chez nous, comme dans tous les immeubles du voisinage, des horaires ont été mis en place. Nous vivons au rythme du générateur. Car sans électricité, pas d’eau. Et encore une fois.. quelle chance par rapport à tous ceux qui n’ont ni eau ni électricité, à aucun moment.

Nous sommes deux semaines plus tard. L’électricité revient dans certains endroits, car les services ont travaillé sérieusement pour la ramener aux hôpitaux. Mais ils font ce qu’ils peuvent… Les prévisions disent que 10% de l’électricité sera rétablie dans 2 semaines. Autant dire que ça avance doucement.

Depuis, cela progresse donc chaque jour. Mais chaque jour reste difficile.
Une confusion des sentiments énorme en écrivant cela.. Car comment juger nos journées difficiles, à côté de tous ceux qui ont tout perdu ??

Autour de nous, beaucoup ont fait le choix de partir.
Les portoricains ont toujours des relations aux US, des gens pour les accueillir.
Les femmes et enfants ont déserté notre immeuble, se réfugiant là où la vie est moins compliquée pour l’instant.

Je les comprends. L’entreprise de mon mari nous l’a proposé également. Femmes et enfants peuvent être envoyés en République Dominicaine, l’île la plus proche, le temps que la situation s’améliore.

Mais aucun de nous ne le souhaite. Et c’est là que je mesure comme nous nous sommes attachés à cette terre. Au milieu de toutes ces difficultés, nous voyons aussi toutes les initiatives qui se développent. nous voyons toutes les opportunités d’apprentissage dans notre situation, à savourer ce que nous tenons souvent pour acquis.
Toute la positivité qui se dégage des gens, toute la collaboration qui se met en place avec les voisins… et je veux en faire partie.

Finalement, notre maison, c’est aussi ici. C’est aussi cette île, et ces gens.
A supposer que mon mari puisse partir avec nous, nous pourrions nous réfugier en France, ou ailleurs, mais qui nous comprendrait là-bas ?
C’est ici que nous vivons, ensemble, et, tant qu’il n’y aura pas de danger majeur, c’est ici que nous voulons être.

Nous n’abandonnons pas Puerto Rico, qui nous a accueillis. Nous luttons avec elle.


Ecrit pour Expats Parents par Coralie Garnier, coach parentale et blogueuse

SIte : "Les 6 doigts de la main"

A lire, un autre article de Coralie :
"Pourquoi l'expatriation modifie notre façon d'éduquer nos enfants".

Le projet

Newsletter