Pourquoi l'expatriation modifie notre façon d'éduquer nos enfants

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L’éducation, ça ne s’apprend pas. Nul besoin de diplôme pour être parent, on considère que c’est naturel.

Marrant, d’ailleurs. Parce qu’on pourrait penser que l’accouchement aussi, c’est naturel… et pourtant, beaucoup de parents suivent des cours de préparation à l’accouchement !

Mais se préparer à l’éducation, pas la peine.

Probablement parce que, contrairement à l’accouchement, nous avons déjà été témoins de ce en quoi consistait l’éducation.

D’abord, nous avons été enfants, et avons pu observer ce que les adultes attendaient de nous, comment ils se comportaient avec nous, et avec nos camarades.

Ensuite, jeunes adultes, puis parents, nous avons vu nos cousins, nos amis, devenir parents. Nous avons pu nous inspirer, et nous avions déjà nos opinions. Certains modèles nous parlaient d’ailleurs probablement plus que d’autres. Ainsi, nous avons un peu construit notre propre style éducatif, en théorie du moins. Mais nous ne nous sommes pas vraiment rendu compte que nous restions toujours dans un certain cadre : celui du modèle reçu.

Et puis, nous nous expatrions.

Quel que soit le nouveau pays, nous y découvrons un mode éducatif qui diffère.

Pour certains, le simple choix de l’école est une prise de conscience !

Je me souviens de notre arrivée en Afrique du Sud, et de ma découverte du système Montessori… Un monde nouveau s’ouvrait à moi !

J’ai dernièrement lancé cette question autour de moi : l’expatriation a-t-elle eu une influence sur votre mode éducatif ? Réponse toujours affirmative.

Retour sur les facteurs d’influence.

 

La découverte d’autres modèles

Pour beaucoup, c’est le facteur prédominant. En tout cas, c’est le plus évident !

Dans une autre culture, tout peut être remis en question, même ce qui nous semblait aller de soi : le rythme des repas, du sommeil, l’autonomie de l’enfant, le degré de protection, et jusqu’au rapport de l’adulte à l’enfant.

Tout devient dépendant du référentiel !

Quand on vit en Afrique du Sud, on constate que le bilinguisme peut être considéré comme extrêmement banal, et on relativise les notions de richesse et de pauvreté…

Quand on vit aux US, on assiste à une certaine sur-protection, et l’on trouve que les français sont bons en terme d’autonomie de l’enfant. En revanche, ils ne le sont pas du tout en terme d’encouragements et de reconnaissance !

C’est l’occasion de se remettre en cause.

“Est-il si important d’obliger les enfants à dire bonjour quand ils arrivent chez quelqu’un ?”

Oui, non, peu importe la réponse, chacun la sienne, mais en tout cas, nous nous sommes posé la question, ce que nous n’aurions peut-être pas fait en suivant simplement le modèle social ambiant.

Qu’on le veuille ou non, la vie dans un autre pays nous met face à d’autres critères, d’autres priorités, d’autres interprétations. Et bouscule nos évidences ! Nous sommes forcés de nous interroger.

Nous devenons alors des parents conscients.

Car nous ferons face à de nombreux décalages.

Expliquer à une mexicaine que j’aime que mon bébé prenne l’air, même s’il a moins de 40 jours…

Expliquer à une maman portoricaine que oui, ma fille de 10 ans rentre seule de l’école, mais non, elle n’ira pas dans sa voiture sans ceinture de sécurité !!

Puis… expliquer à une maman française qu’ici le premier de la classe est félicité par ses camarades, qu’un enfant de 8 ans peut prendre rendez-vous avec la principale pour lui présenter sa demande (concernant les verres en plastique) signée par une trentaine d’élèves et de profs !

Et de leur côté, nos enfants reçoivent également un modèle différent : celui des professeurs, et celui de leurs camarades.

Le classique “Mais maman… tout le monde a…” prend tout son sens.

Nos enfants, ces enfants d’une 3è culture, seront de toute façon différents de leurs camarades.

Point après point, nous devrons nous poser la question : voudrais-je inculquer une autre façon de faire à mon enfant ? Il va en tout cas falloir le lui expliquer !

Et puis, il y a les moments où eux nous expliqueront. Car, en recevant un autre modèle, ils intégreront aussi des valeurs qui ne sont pas forcément les nôtres, presque contre notre gré, et il faudra bien composer !

Alors, pour justifier nos choix éducatifs, nous devrons là encore les remettre en cause, nous interroger sur leur bien-fondé.

Depuis des années, consciente de tous ces choix entre la culture éducative d’un pays et la nôtre, j’espère que nos enfants bénéficieront du meilleur de chacune ! Pas évident…

 

A l’écoute de nos enfants

Quand on change de pays régulièrement, on traverse des situations difficiles.

Oui, l’expat’ c’est magique, mais c’est également un challenge, surtout dans les phases de transitions. Préparer nos enfants au départ, quitter tous ses amis, arriver dans un lieu inconnu, avec une nouvelle langue… Un chamboulement incroyable ! Pour nous comme pour eux. Sauf qu’eux ne l’ont pas choisi !

Arrivant dans un contexte différent, parfois à un âge où l’appartenance a beaucoup d’importance, nos enfants risquent de manquer de confiance en eux, de sécurité. Nous chercherons donc souvent à leur fournir, à la maison au moins, un contexte où ils seront enfin en sécurité, où ils pourront être eux-mêmes et où nous apprendrons d’autant plus d’eux.

Alors, nos enfants deviennent nos enseignants : forcés d’être à leur écoute, nous comprenons qu’il va nous falloir développer d’autres compétences parentales, auxquelles nous n’avions pas toujours pensé avant… L’écoute des sentiments par exemple. Essayer d’armer au mieux nos enfants pour la résilience, pour la confiance en soi.

Ainsi, ces enfants nous poussent toujours à nous améliorer. C’est également vrai lorsqu’on reste dans son pays. Mais les situations que nous vivons sont de ces situations qui nous encouragent tous à grandir.

Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, étranger à tout point de vue, la maison, c’est la famille. C’est le message que nous avons essayé de passer à nos enfants lorsque nous sommes arrivés à Puerto Rico, après avoir quitté un Mexique où nous étions tous tellement bien…

“C’est dur, mais notre maison, c’est notre famille.

Et pour faire face, cette famille doit s’entretenir, doit vivre, doit créer des liens. Ce paramètre devient fondamental, et nous y consacrons souvent beaucoup d’énergie.

 

La liberté de choix

Un autre facteur important dans cette évolution de notre posture éducative réside dans le fait de se retrouver hors influence”.

En effet, loin de notre famille et de nos amis proches, nous ne bénéficions pas de tous leurs “bons” conseils. Pour certains, c’est un manque, parce qu’ils voudraient être épaulés, mais le bon côté des choses, c’est que cela nous laisse les mains libres. A nous le choix. A nous la liberté de tester nos propres méthodes, sans jugement. De décider que nous ferons différemment. Différemment de notre culture, mais aussi différemment de nos parents. Parce qu’ils ne sont pas là pour commenter, ils n’ajouteront pas à nos difficultés de positionnement.

Ils n’ajouteront pas non plus, par leurs actions, leur modèle pour nos enfants.

Nous aurons donc le loisir de choisir par nous-mêmes, sans avoir besoin pour cela de vaincre les réticences de l’entourage !

Cela s’applique particulièrement lorsque notre mode éducatif rompt avec le schéma reçu, et c’est pourquoi j’en parle, puisque c’est mon cas.

Depuis quelques années, je cherche à mettre en place dans notre famille des principes de parentalité positive. Tout un nouveau langage, et, comme toute maman, je suis autodidacte ! J’essaye, et j’échoue. Je réussis, je suis contente. Puis je rate encore, et je me sens coupable. Mais je continue d’avancer.

Parce que j’ai l’espace pour cela. Aurais-je pu continuer à nager à contre courant si j’avais été entourée de jugements ? Soumise à la pression de mon entourage ?

Il est certainement plus facile de faire de vrais choix sans influence…

 

Le temps

Enfin, “last but not least”, je l’ai même gardé pour la fin consciemment, intervient le facteur temps.

En effet, si ce n’est pas systématiquement le cas, il est fréquent que l’expatriation implique que l’un des parents ne travaille pas (au sens classique du terme, je sais d’expérience que “femme d’expat’ est aussi un travail !). Cette configuration lui offre alors plus de temps.

Du temps pour observer les enfants, du temps pour s’interroger, pour se renseigner.

Nous avons déjà évoqué l’observation et la réflexion sur les pratiques locales, puis le temps d’écoute des enfants et du renforcement du lien familial.

S’ajoute à ces aspects la redéfinition du rythme familial : le bouleversement de nos habitudes nous oblige à revoir les routines, à reconsidérer le rôle de chacun dans la famille… Nous devrons répondre à des interrogations qui n’auraient pas été soulevées si nous n’avions pas été bousculés, sortis de notre zone de confort…

Ce n’est pas facile d’ailleurs ! Il faut savoir se ré-inventer, c’est un sacré défi !

Mais c’est également l’occasion de choisir ce sur quoi nous voulons dépenser notre énergie, et notre temps. Avoir le luxe de réfléchir à ce qui compte.

Et s’il s’avère que l’éducation de nos enfants fait partie de ce qui compte, alors, on pourra y consacrer le temps nécessaire.

En effet, changer de mode d’éducation est le résultat d’abord d’une réflexion, ensuite de lectures, enfin d’essais répétés. Ce qui nous semblait évident ne l’est plus parce qu’on a pris le temps d’y penser. Parce qu’on a pu s’essayer à d’autres choses.

Dans son propre pays, il arrive qu’on ait le temps, mais pas le questionnement, ou bien le questionnement et pas le temps… Avoir les deux est plus rare. En expat', on a la chance de pouvoir prendre du recul !

 Prendre du recul… un des aspects de l’expatriation que je savoure le plus !


Ecrit pour Expats Parents par Coralie Garnier, coach parentale et blogueuse
SIte :
"Les 6 doigts de la main"

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