Quand expatriation rime avec séparation

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Le coeur brisé en terre lointaine : se séparer en vivant à l'étranger


Le processus de séparation en quatre étapes


Toute rupture est un tsunami émotionnel dont il est nécessaire de se remettre. Une rupture est classiquement un processus psychique qui se dessine en quatre étapes : Une décision, un choc émotionnel, une convalescence et un nouvel avenir.

 

La décision : Que cette décision soit prise après plusieurs années d’insatisfaction ou suite à un imprévu, on trouve le plus souvent d’un côté celui qui décide d’en arrêter là et de l’autre celui qui subit cette décision. Celui qui prend la décision tend alors à se rigidifier pour ne pas douter et pour ne pas succomber au poids de la culpabilité du fait que toute la famille va être ébranlée. Il vit en même temps un soulagement et un sentiment de libération en reprenant le contrôle de ses choix. Celui qui est quitté voit quant à lui toute sa vie lui échapper, en perdant le contrôle de son existence, ce qui peut l’entraîner vers une véritable souffrance psychique.

 

Le choc émotionnel : Entre un déni émotionnel pour se protéger ou un flot d’émotions négatives qui submerge totalement la personne, il y a une perte de liens avec son monde interne. La souffrance peut être si dévastatrice qu’elle peut mener jusqu’à la dépression, avec le réveil des traumatismes archaïques liés à l’angoisse de séparation ou de mort. Le sens de la vie est remis en cause. Entre désillusion, colère, culpabilité, tristesse, sentiment de vide de soi et sensation physique de manque, il est nécessaire de réapprendre à vivre avec l’absence de l’autre. C’est une période de survie qui se dessine.

 

La convalescence : S’en suit alors une période de sevrage, avec besoin de réapprendre à vivre sans l’autre. Etre seul permet une plus grande liberté et la possibilité de se retrouver soi sans compromis. Mais être seul signifie également souffrir d’isolement, de manque de soutien et de compagnonnage. A ce moment-là il s’agit aussi d’assumer une position de demi-binôme au milieu des autres, majoritairement en couple. Il est nécessaire de faire le deuil de celui qui est encore là mais dont les affects sont morts. C’est l’instant présent qui est surinvesti.

 

Nouvel avenir : Au bout d’un moment, le temps atténue le désespoir. Certains se sentent même grandis par cette épreuve. En faisant preuve de résilience, ils se considèrent dorénavant comme plus forts et plus en accord avec eux-mêmes. Les efforts sont alors tournés vers un avenir qui ne fait plus peur et qui se redessine avec espoir. Après avoir réussi à se retrouver soi, une nouvelle relation peut être envisagée.

 

Quand la séparation a lieu lors d’une expatriation 


Au-delà de ce processus psychologique déjà complexe, des difficultés supplémentaires bien spécifiques apparaissent en expatriation qui touchent aussi bien les aspects juridiques, financiers, familiaux et sociaux.

Au niveau juridique, en fonction du visa et des autorisations de travail, il peut être impossible d’avoir un travail dans le pays où on vit. En même temps, rentrer dans son pays d’origine peut également être difficile sous peine de perdre la garde des enfants. Les lois dans le pays où on vit sont souvent méconnues, ce rend les procédures de divorce plus complexes, avec une impression de perte de contrôle dans les décisions.

Financièrement, quand le conjoint a renoncé à sa carrière pour suivre la famille à l’étranger, il peut lui être difficile de retrouver un travail en rapport avec ses qualifications, et d’avoir un salaire conséquent. La pension versée peut également être trop juste pour permettre une autonomie. Dès lors, de nombreux couples à l’étranger cohabitent en étant séparés au sein du même foyer, ce qui provoque de nombreuses difficultés psychologiques et familiales, ne permettant pas de se reconstruire une nouvelle vie. D’autres choisissent l’option transitoire du « nesting » qui est la garde alternée des enfants dans la maison familiale, ce qui permet aux enfants de conserver leur chambre et leur école, tandis que les parents se partagent un logement extérieur.

Au niveau social, le réseau amical va également être ébranlé par la séparation. La destruction du couple change toute la dynamique tant dans la vie privée que publique. Les amis devenant rapidement des substituts de la famille élargie, certains jouent un rôle primordial de soutien et d’entraide lors des moments de désarroi. Pourtant, des modifications au niveau du réseau amical vont aussi apparaître, impliquant le besoin de se recréer un réseau auprès de ceux ayant connu la même épreuve. Christophe Fauré parle de la « désagréable impression d’être la cinquième roue du carrosse. On n’est plus en phase avec les activités et les préoccupations de ses amis en couple : ils évoquent leurs vacances à venir ou la maison qu’ils projettent de construire, alors qu’on leur parle de garde alternée des enfants, de soucis financiers ou de solitude (…) C’est l’expérience déroutante d’une transition entre deux mondes. »

Cette transition entre deux mondes est quelque chose de bien connu lorsqu’on vit à l’étranger. A nouveau s’éveillent les questionnements sur le lieu de vie : rester ou partir ? Et partir où ? Quand les enfants sont ancrés dans le nouveau pays d’accueil ou quand le pays d’origine a été quitté depuis longtemps, une impression d’être apatride ne permet plus de savoir où il est préférable de refaire sa vie. Quand l’un des conjoints décide de repartir, la cellule familiale se retrouve alors explosée non seulement au niveau de maisons distinctes, mais aussi de pays voire de continents éloignés. Des questions au niveau de l’identité refont surface également : qui est-on devenu ? Comment réussir à s’assumer seul et comment se construire une activité professionnelle ? Sur quels atouts est-il possible de s’appuyer pour rebondir et être à nouveau un objet de séduction ?

 

La séparation en expatriation renvoie aux nombreuses séparations déjà vécues. On a quitté le pays d’origine, on perd une cellule familiale classique, on renonce au couple et à la présence de son conjoint, et au bout du chemin on lâche aussi celui qu’on pensait être pour un soi qui, dans le meilleur des cas, devient davantage émancipé et résilient. Après avoir investi un nouveau monde, dans le nouveau pays, c’est dans son rapport à soi, à sa résistance, à son courage et sa détermination qu’il va falloir puiser pour réussir une nouvelle fois à recommencer sa vie dans cet ailleurs.

 

Magdalena Zilveti Chaland, Psychologue
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