Quand les parents se séparent

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Divorce à l'étranger - 3 choses essentielles à savoir pour vos enfants

 

Anaïs est inquiète.

Sylvie, sa maman, n'est plus la même. Depuis la semaine dernière, elle a perdu son sourire.

Ses yeux sont rouges et gonflés, son visage est grave.

Elle s’enferme souvent dans sa chambre.

Que se passe-t-il?

Elle ne veut pas parler.

Papa les évite, s'en va tôt et revient tard, quand Anaïs est déjà couchée.

De retour de l'école aujourd'hui, elle les trouve tous deux dans le salon. Ils sont sérieux et préoccupés.

‘Nous avons une mauvaise nouvelle à t’annoncer : on va se séparer.

Le monde d’Anaïs s'effondre.

« Quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire que vous allez vous séparer ? »

«Ton père demande le divorce», dit Sylvie, luttant pour retenir ses larmes.

Ayant suivi son mari à l'étranger pour son travail il y a deux ans, elle se retrouve maintenant dans un pays étranger sans famille proche, sans travail et sans amis véritables.

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Divorcer, c’est déjà très difficile dans son propre pays.

Emotionnellement. Financièrement. Administrativement.

Mais un divorce à l'étranger !

Savez-vous quels sont vos droits et vos devoirs ?

Quelle loi est-elle applicable ?

Comment le divorce affectera-t-il votre visa et donc votre capacité à rester ou à chercher un emploi?

Comment gérer la situation quand on n’a pas de revenu ?

Et que faire face à la barrière de la langue?

Le cœur brisé, on se sent perdu, piégé et déchiré.

Mais une pensée ne cesse de vous hanter : les enfants.

Quel est le mieux pour eux ? Comment leur épargner d’autres traumatismes inutiles?

Le but de cet article est de fournir des pistes de réflexion pour éviter au mieux les pièges de cette situation.

Ces axes de réflexion sont bases sur le livre «Quand les parents se séparent» de la pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto. Ce livre n'était pas destiné aux expatriés, mais il fournit quelques repères universels dans le développement de l'enfant pour vous aider à prendre les meilleures décisions.

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Anaïs est complètement déstabilisée.

Elle a quitté sa maison, ses camarades d'école, sa maitresse il y a deux ans, lorsque toute la famille a déménagé.

Maintenant, elle perd la seule structure stable qu'elle connaisse : ses parents.

« Papa veut partir. M’aime-t-il toujours après tout? »

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Point n° 1 - Les enfants doivent entendre de la bouche de leurs parents que ces derniers ne regrettent pas leur naissance

Anaïs fait partie d'une triade: père-mère-enfant.

Quand les parents se séparent, ils dissolvent leur couple.

Anaïs peut donc croire que leurs parents regrettent tout ce qu'ils ont créé ensemble parce qu'ils ne veulent pas continuer la vie de famille. Alternativement, elle peut penser que chaque parent aime seulement en elle leur moitie génétique.

Dolto suggère pour chaque parent de dire ouvertement:

« Je ne regrette pas d'avoir vécu avec ton père / mère. Nous sommes tellement contents de t’avoir que nous nous disputons pour te voir plus souvent. »

Même si l'enfant n'était pas désiré, il est possible de dire la vérité d'une manière constructive.

« Je ne m'attendais pas à avoir un enfant, mais tu es venu de toute façon. Tu as eu la force de vivre. Tu avais ce désir étonnant d'exister. »

Dolto mentionne également ce qu'un tiers peut dire à l'enfant devant ses parents :

« Ce divorce et cette souffrance ne sont pas inutiles parce que tu es né et que tu es une réalisation de ce couple. »

Anaïs se sent coupable parce que sa présence complique la situation pour ses parents.

« Si je n'étais pas là, pour maman et papa, ce serait beaucoup plus facile. Je ne me marierai jamais pour être sure que je ne ferai pas la même chose à mes enfants. »

Inutile de dire combien cette pensée est nocive. C'est pourquoi il est important de parler, toujours en disant la vérité. Le divorce n'est pas la faute des enfants. C'est le couple qui ne tient plus ensemble.

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Anaïs est dévastée. Ses parents se séparent. Qu'est-ce que cela signifie pour elle?

Elle est inquiète. Elle va devoir déménager, peut-être même devoir retourner au pays d'origine de sa mère, à des milliers de kilomètres. Elle devra quitter sa maison, voire son école et ses amis.

Elle pourrait rester avec son père, mais elle a peur qu'elle ne verra plus sa mère si elle doit partir.

Elle n'a pas d'emploi dans ce pays et elle perdra probablement son visa une fois le divorce prononcé.

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Point n ° 2 - Les enfants ont besoin de continuité

Ils ont besoin de continuité à 3 niveaux: leur environnement physique, leurs liens sociaux, leurs relations familiales.

1.       Importance de l'environnement physique

Si l'enfant peut rester dans la maison où vivait la famille, il est plus facile pour lui de «gérer» le divorce.

Son corps a grandi dans un endroit défini en présence de ses deux parents. Son corps s'identifie à la maison dans laquelle il vit. Si les parents partent, si le lieu change, l'enfant est perdu même dans son propre corps. Ceci est particulièrement important jusqu'à ce que l'enfant ait 8-9 ans.

Dolto va encore plus loin: idéalement, la maison reste le lieu où vivent les enfants et chaque parent vient en alternance pour exercer son devoir parental.

       

2. Liens sociaux

Anaïs a une vie sociale, à l'école et dans ses activités parascolaires.

Si elle doit fréquenter un autre établissement, ou pire, si elle doit changer d'école au milieu de l'année, elle devra faire face à une double difficulté:

·         d'une part, son être intérieur, la personne qu'elle est, telle qu'elle est formée par les deux parents structurants, est ébranlée.

·         d’autre part, son être social, dans son rapport à ses amis, est endommagé. Elle devra s'habituer aux nouveaux camarades de classe qui ne vont cesser de lui demander pourquoi elle est nouvelle ici, redoublant ainsi son désarroi.

 

       3. Relations familiales

Le divorce permet aux parents de ne plus partager leur vie ensemble, mais il ne les soulage pas de la responsabilité et du devoir d’élever leurs enfants.

Les enfants ont besoin des deux parents pour s'occuper d'eux et de leur éducation.

En cas de grandes distances, une visite tous les week-ends se révèle impossible. Mais les contacts réguliers et les visites prolongées pendant les vacances sont primordiaux.

Dolto souligne l'avantage de passer du temps de qualité avec les enfants pendant les vacances scolaires et les week-ends. L'éducation peut véritablement avoir lieu alors que cela ne se passe pas nécessairement pendant les jours d'école où on a besoin de les bousculer pour être à l'heure et leur faire faire devoirs et tches ménagères.

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Anaïs ne veut pas penser à l'avenir.

Elle a entendu sa mère parler avec mamie d’un retour possible.

Son père veut rester à cause de son travail. Même s'il voulait rentrer, il vient d'un autre pays que maman. Ça ne servirait pas grand-chose !

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Point n ° 3 - Les enfants ont besoin de liens avec leurs parents et leur culture respective

Lorsque la séparation se produit dans une famille vivant à l’étranger, il y a des chances pour que les parents soient de deux cultures différentes et / ou devront vivre dans deux pays différents parce que l'un d'eux ne peut pas obtenir de permis de travail ou de visa.

Dans ces circonstances, l'enfant exposé plus souvent à la culture du parent qui en a la garde, peut facilement être coupé de l'autre parent et de son héritage correspondant (langue, coutumes, histoire).

 

« Ce fait peut sembler inoffensif pour beaucoup pendant l'enfance, mais est toujours très dommageable lorsque les enfants deviennent parents eux-mêmes. »
Françoise Dolto

 

Pourquoi? Parce que l'enfant issu de deux milieux culturels différents vit dans sa vie intérieure - imaginaire et symbolique - quelque chose dont on ne parle pas : il ne peut parler de ses sentiments dans la culture du pays dans lequel il vit. On ne peut pas dire la vérité, elle n'est pas humanisée. C'est un obstacle au développement futur.

Anne Gillmé
Expatriate connection