L'expatriation change beaucoup de choses, parfois elle change aussi les liens que nous entretenons avec ceux qui sont restés.
Choisir de vivre à l'étranger est souvent un projet enthousiasmant : une opportunité professionnelle majeure, un changement de vie, une envie de découvrir une nouvelle culture ou simplement de construire un avenir différent...
Les raisons sont nombreuses, et rares sont ceux qui regrettent cette décision.
Pourtant, l'expatriation a une conséquence dont on parle peu, elle transforme progressivement la relation que nous entretenons avec notre famille restée au pays.
Au début, tout semble simple. Les appels et les messages sont fréquents, presque quotidiens, les visios régulières. La technologie donne même l'impression que les kilomètres n'existent plus vraiment.
Puis la vie suit son cours.
Le travail s'intensifie et les enfants grandissent, les habitudes changent et les fuseaux horaires compliquent les échanges. Les appels deviennent hebdomadaires, puis plus espacés encore. Non pas par manque d'affection, mais parce que chacun construit naturellement son quotidien.
Pendant ce temps, les parents continuent eux aussi leur chemin.
Ils prennent de nouvelles habitudes, mais leur cercle amical se réduit, ils traversent parfois des périodes de solitude ou de doute dont ils ne parlent pas toujours. Souvent, ils préfèrent rassurer leurs enfants plutôt que les inquiéter.
À distance, il devient difficile de percevoir les petits changements qui, lorsqu'on vit à proximité, paraissent évidents.
Cette situation crée un sentiment que beaucoup d'expatriés connaissent sans toujours réussir à le nommer, une forme de culpabilité discrète.
« Suis-je suffisamment présent ? »
« Est-ce que j'appelle assez souvent ? »
« Mes parents me disent que tout va bien mais est-ce vraiment le cas ? »
« Que se passe-t-il dans leur quotidien que je ne vois plus ? »
À ces interrogations s'ajoute parfois une autre réalité.
En vivant loin de son pays d'origine, on développe naturellement un nouveau cercle social. Les collègues deviennent des amis et les voisins prennent une place importante dans notre vie.
Peu à peu, deux univers se construisent en parallèle, celui que l'on vit, et celui que l'on imagine pour ceux qui sont restés.
Or, une famille ne se résume pas à quelques appels téléphoniques ou à un groupe de messagerie. Une famille vit aussi grâce aux échanges, aux activités communes, aux rencontres, aux discussions qui stimulent la curiosité, entretiennent les liens et donnent envie de partager davantage.
À l'heure où les réseaux sociaux occupent une place importante dans nos vies, il est étonnant de constater qu'ils répondent rarement à ce besoin essentiel.
Ils permettent de voir, ils permettent parfois de réagir, mais ils créent rarement un véritable espace d'échanges de qualité.
Ils privilégient l'immédiateté, les contenus courts et les interactions rapides, alors que les relations familiales s'épanouissent souvent dans la durée, autour d'intérêts communs, de découvertes, de discussions et de projets.
Les familles expatriées ont aujourd'hui besoin de nouveaux repères, non pas pour remplacer les liens existants, mais pour les enrichir, créer des occasions de dialoguer autrement, stimuler la curiosité de chacun, maintenir une vie sociale et intellectuelle active, quel que soit l'âge ou le lieu de résidence.
L'expatriation est sans doute plus facile aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a vingt ans, et paradoxalement, maintenir une relation familiale profonde demande peut-être davantage d'attention qu'auparavant.
Les outils numériques nous permettent de communiquer instantanément avec l'autre bout du monde, ils ne garantissent pas pour autant que nous restions véritablement proches.
Parce qu'au-delà des kilomètres, la véritable proximité se construit par la qualité des échanges, l'attention que l'on porte à ceux que l'on aime et le plaisir de continuer à partager une vie riche de découvertes, d'idées et de projets.
Ecrit pour Expats Parents par David & Emmanuelle REGNAT, fondateurs de Horizon Famille.
Leur site : www.horizonfamille.com