Le déclic : une question qui bouscule
Tout part d’un post Facebook adressé aux « serial expats » et d’une question qui tombe à pic : « Comment vivez-vous la vieillesse de vos parents notamment quand la maladie s’invite et que de longues visites ne sont plus possibles ? Est-ce une raison suffisante pour rentrer ? »
J’avoue ne pas avoir attendu ce post pour retourner la question dans tous les sens, les réponses données ont d’ailleurs, pour la plupart, traversé ma boite crânienne à un moment ou un autre. J’en retiens cependant une qui dit tout : « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse ! ». En effet, si pour certains le retour au bercail est une solution évidente, pour d’autres l’équation est beaucoup plus délicate.
Ce n’est pas un caprice mais un enjeu collectif
Nous sommes près de 3 millions de Français établis hors de France (estimation du ministère de l’Europe et des affaires étrangères). C’est dire qu’il y a autant de raisons de rentrer que d’aventures humaines !
Si on ajoute à cela que plus de 45% de ces expatriés ont plus de 41 ans, la question du rapprochement familial et de l’inquiétude pour les proches est loin d’être une préoccupation anecdotique.
Le leaver’s guilt : ce sentiment qui nous colle à la peau
Beaucoup se posent les mêmes questions dès la première, deuxième ou énième expatriation, à la naissance d’un enfant, à la maladie d’un proche, au départ de ses adolescents… Au fil des ans, ils gèrent l’angoisse de l’éloignement et redoutent ce coup de fil qui «noue les tripes », ce sentiment que les Anglo-saxons appellent si bien le Leaver’s guilt : la culpabilité de celui qui part.
Ce sentiment ronge petit à petit, nourri par l’inquiétude pour la santé de ses proches, l’impuissance due à la distance géographique, la crainte des non-dits pour ne pas alarmer ceux qu’on aime. On a beau avoir tenté de compenser au fil des expatriations par les incalculables allers retours des uns et des autres et les longues séances WhatsApp, on ne peut s’empêcher d’avoir le goût amer de toutes les fois où l’on n’a pas pu être là, qui augmente la crainte de ce qu’on pourrait encore rater.
Alors que faire quand cette boule ne cesse de grandir ? Qu’est-ce qui nous retient quand, comme un boomerang, nos enfants sont repartis dans l’autre sens faisant ressurgir un sentiment de culpabilité envers nos parents, longtemps enfoui ? Repartir dans l’autre sens ?
La réponse aussi évidente qu’elle soit ne peut empêcher d’attirer d’autres questionnements : qu’ont fait les autres expats ? Sont-ils rentrés ? Par choix ? Par contrainte ? Sont-ils satisfaits de leur retour ? Ont-ils des regrets ? Autant de « pourquoi » dont la réponse reste propre à tout un chacun, à son mode de vie, à sa situation familiale et financière, à sa capacité de réadaptation et bien d’autres paramètres.
Mais, concrètement, combien finissent par rentrer ? La réponse est massive : selon les radiations des registres consulaires et les données de la sécurité sociale, entre 200000 et 250000 Français regagnent l’exagone chaque année. Ce flux représente un taux de rotation de près de 8% de la communauté expatriée tous âges confondus. Pour la tranche des plus de 45 ans, les études de flux migratoires de la population française établie hors de France indiquent que le retour au pays s'inscrit souvent dans une logique de cycle de vie. Les impératifs familiaux y deviennent un moteur de mobilité prépondérant, motivant plus d’un retour sur cinq au sein de cette tranche d'âge.
Alors, faut-il simplement écouter cette petite voix qui nous dit : « Rentrez »! Pourquoi pas?. Mais, pas plus que le départ, le retour ne s’improvise pas. Car il ne suffit pas juste de faire ses valises dans l’autre sens pour que le tour soit joué.
Rentrer, c’est aussi apprivoiser un pays qui a changé. C’est refaire le chemin à l’envers. C’est recréer du lien. C’est retrouver sa place professionnelle. C’est se refaire une place là où elle n’est plus. C’est ne pas perdre de vue sa raison première : pouvoir offrir, enfin, sa présence à ses parents.
Retourner au pays, c’est accepter de souffrir, parfois, de frustrations, de culpabilité rétrospective, de nostalgie de l’ailleurs ou du piège de la comparaison. Mais c’est surtout renouer avec l’essentiel, retrouver une source de bonheur, de stabilité et de sérénité.
Même si boucler la boucle reste tributaire de la situation de chacun (familiale, financière, professionnelle, relationnelle…) et malgré la complexité de l’équation, le jeu en vaut la chandelle, surtout lorsqu’il s’agit d’offrir à ses enfants, ou à soi-même, des racines après leur avoir donné des ailes.
Ecrit pour Expats Parents par Mouna Blila : https://www.linkedin.com/in/mouna-blila-mamere-5b8639133/
*https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-francais/l-action-consulaire-missions-chiffres-cles/la-communaute-francaise-a-l-etranger-en-chiffres/