On prépare son visa, son déménagement, ses valises. On anticipe le climat, l’école des enfants, le logement. Mais on pense rarement à un organe pourtant central dans l’adaptation à l’étranger : l’intestin !
Et pourtant, les troubles digestifs figurent parmi les problèmes de santé les plus fréquents lors d’un séjour à l’étranger. Les données scientifiques montrent que 30 à 70 % des voyageurs développent une diarrhée au cours des deux premières semaines de séjour, en particulier dans les zones à risque sanitaire (1,2).
Ces chiffres ne concernent pas uniquement les voyageurs de courte durée : une autre étude a montré qu’environ 49 % des expatriés vivant dans un environnement à forte endémicité infectieuse présentaient un épisode de diarrhée par mois durant les premières années d’installation (3).
Autrement dit : les troubles digestifs à l’étranger ne sont ni anecdotiques ni rares. Ils font partie des réalités de la mobilité internationale.
Et la diarrhée n’est que la partie visible de l’iceberg ! Ballonnements, constipation, reflux, douleurs abdominales, inconfort chronique… Beaucoup d’expatriés décrivent un ventre «différent» depuis leur installation dans leur nouveau pays.
Pourquoi notre système digestif réagit-il autant lorsque nous changeons de pays ? Et surtout, comment le protéger simplement, même loin de chez soi ?
Les troubles digestifs les plus fréquents à l’étranger :
1. La diarrhée du voyageur (ou turista)
C’est la plus connue et la plus étudiée. Elle est liée à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par des bactéries (notamment Escherichia coli), des virus ou des parasites.
Dans la majorité des cas, elle est aiguë et se résout spontanément en quelques jours. Parfois, cet épisode infectieux peut laisser des séquelles fonctionnelles (équivalent à un syndrome de l’intestin irritable) pendant plusieurs semaines à plusieurs mois (4).
2. La constipation
Moins spectaculaire, mais extrêmement fréquente, elle est souvent exacerbée lors des longs trajets ou des premières semaines d’expatriation.
Les causes sont multiples : décalage horaire avec modification des horaires, hydratation insuffisante, changement de la quantité et de la qualité des fibres contenues dans les repas, diminution de l’activité physique, absence de toilettes disponibles…
Le transit ralentit, entraînant ballonnements et inconfort.
3. Les ballonnements et douleurs abdominales
Ils apparaissent souvent lors d’un changement alimentaire rapide : plus d’aliments frits, plus épicés, plus riches en sucres fermentescibles… ou au contraire davantage de légumineuses et de fruits crus.
Ils peuvent aussi être le résultat du stress inhérent au voyage et au changement d’habitudes.
4. Le reflux et les brûlures d’estomac
Nouveau rythme de vie, stress de l’installation, repas plus tardifs, consommation d’alcool plus fréquente, etc. : tous ces facteurs peuvent favoriser le reflux gastro-œsophagien.
Pourquoi notre intestin réagit-il autant ?
L’intestin est un organe d’équilibre. Il réagit principalement à :
- la qualité des aliments et l’horaire des repas
- l’hydratation
- le rythme veille-sommeil
- le stress
- l’activité physique
- l’environnement microbien
Or, lors d’un changement de pays, tous ces paramètres sont modifiés simultanément.
1. Un microbiote en transition
Notre microbiote est façonné tout au long de notre vie par notre environnement et notre alimentation. En changeant de continent, nous sommes exposés à de nouvelles bactéries, à une eau différente, à d’autres pratiques culinaires (5).
2. Le stress invisible de l’expatriation
Même lorsque l’expérience est positive, l’installation à l’étranger représente une phase d’ajustement intense. L’intestin ne fonctionne pas isolément : il dialogue en permanence avec le cerveau. Cet axe intestin-cerveau est particulièrement sensible au stress, même lorsqu’il est positif.
3. Les changements alimentaires
Augmentation soudaine des fibres, excès d’aliments transformés, portions plus importantes, repas irréguliers… Notre intestin aime la diversité, mais il apprécie surtout la progressivité !
Des solutions simples et efficaces :
La majorité des troubles digestifs liés au voyage peuvent être limités grâce à des mesures simples.
1. Anticiper :
- Maintenir une alimentation variée avant le départ et riche en fibres, surtout si on est sujet à la constipation.
- Éviter les excès
- Bien s’hydrater
2. Sécuriser l’eau et les aliments :
Dans certaines régions, privilégier l’eau capsulée ou filtrée, éviter les glaçons et choisir des aliments bien cuits réduit le risque infectieux. Il peut être utile de se renseigner auprès des locaux !
3. Introduire progressivement les nouveautés :
Goûter aux spécialités locales est un plaisir — inutile de s’en priver. Mais mieux vaut les intégrer progressivement et alterner avec des repas simples que l’on est certain de bien digérer.
4. Soutenir naturellement son microbiote :
Pour cela, consommer des fibres variées, des fruits et légumes, prendre le temps de mastiquer, prendre des repas à heure régulière et garder une activité physique constituent une bonne base.
5. Respecter le rythme biologique :
L’exposition à la lumière naturelle, la marche quotidienne et la régularité du sommeil facilitent l’adaptation digestive, notamment en cas de décalage horaire.
Quand faut-il consulter ?
Une fièvre élevée, la présence de sang dans les selles, une diarrhée prolongée, une perte de poids inexpliquée ou des douleurs persistantes doivent conduire à un avis médical. Les troubles digestifs sont fréquents, mais ils ne doivent pas être banalisés lorsqu’ils durent.
En conclusion, les troubles digestifs à l’étranger sont fréquents et parfois persistants, mais heureusement, ils ne sont ni une fatalité ni un mystère ! Comprendre les mécanismes digestifs liés au voyage permet de prévenir, d’adapter et de retrouver du confort afin de profiter pleinement de l’aventure.
Références :
1. Adler A, et al. What’s new in travellers’ diarrhoea: updates on epidemiology, diagnostics, treatment and long-term consequences. Journal of
Travel Medicine. 2021.
2. Riddle MS et al. Guidelines for the Prevention and Treatment of Travelers’ Diarrhea. American Journal of Gastroenterology. 2017.
3. Hoge CW et al. Epidemiology of diarrhea among expatriate residents living in highly endemic environments. American Journal of Tropical Medicine and Hygiene. 1996.
4. Barbara G et al. Rome Foundation Working Team Report on Post-Infection Irritable Bowel Syndrome. Gastroenterology. 2019.
5. Zmora et al., You are what you eat: diet, health and the gut microbiota. Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology, 2019.
Ecrit pour Expats Parents par Hélène Le Moult, Médecin gastro-entérologue. Conseil en nutrition pour toute la famille, spécialisée en alimentation durable.
Son site : www.helenelemoult.fr